La casse de notre patrimoine

59.7 photo Gaupillat_fmtAvec la destruction de l’usine Gaupillat à Meudon, les intérêts privés l’ont emporté sur l’intérêt de tous à préserver un lieu de mémoire.

Durant l’enquête publique sur l’aménagement de Meudon-sur-Seine, en 2005, nous nous étions prononcés pour la reconversion de l’ancienne cartoucherie implantée à Meudon, face à l’île Seguin : « Cet édifice, écrivions-nous dans le registre du commissaire enquêteur, nous semble intéressant à conserver pour plusieurs raisons : d’abord pour son architecture qui témoigne du passé industriel de la commune ; ensuite pour son volume qui permet la réalisation d’activités créatrices de liens sociaux ; enfin par sa situation centrale dans le quartier. Le projet porté par l’association La Fabrique-Gaupillat tient compte de tous ces aspects. Nous le soutenons sans réserves ».
Le numéro 37 de notre Lettre présen- tait le projet de l’association La Fa- brique comme emblématique du dé- veloppement durable. Il s’appuyait en effet solidement sur trois piliers: le social, l’économique et l’environ- nemental. Ceci explique que Val de Seine Vert soit devenue naturelle- ment adhérente de La Fabrique.

Une juteuse opération immobilière
Hélas, sur la rive meudonnaise comme dans tout le Val de Seine, tout terrain peut faire l’objet d’une opération de promotion immobilière et donc rapporter beaucoup d’argent tant à son pro- priétaire qu’à l’opérateur immobilier. La société Bouygues ne s’y est pas trompée et a proposé de racheter l’ancienne usine pour en faire un immeuble de bureaux, proposition acceptée par les propriétaires.
Les élus locaux ont laissé faire prétextant de la complexité du dossier et du «nécessaire » respect du droit de propriété. Aucun d’entre eux n’a songé à actionner son droit de préemption afin de mettre en avant l’intérêt public et le nécessaire respect du devoir de mémoire.

Face à cette démission institutionnelle et pour éviter la démolition, un riverain a saisi le tribu- nal administratif, sans succès. Val de Seine Vert est également intervenue, au moment où la démolition commençait, en dénonçant une faute de procédure, sans succès ; l’association Vivre à Meudon a pris le relais… peine perdue. La Fabrique est condamnée.
La question de la mémoire va au- delà de la sauvegarde d’un site 7 industriel. La préservation d’un bâtiment, c’est la mise en valeur de morceaux d’histoire, de vie de femmes et d’hommes anonymes ou célèbres, c’est la sauvegarde du lien social, c’est en quelque sorte la protection de notre environnement affectif et sensoriel.
Alain Mathioudakis et Luc Blanchard

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