Seine musicale, du nouveau à l’ouest…

Il y a un peu plus d’un an (le 21 avril 2017) la Seine Musicale était inaugurée. Étrange sphère de bois aux mille facettes, délicatement posée à la proue de l’île Seguin, parée d’une virgule mobile, scintillante sous le soleil.

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Fruit d’un mariage arrangé appelé PPP ou en plus clair « Partenariat Public Privé »* réunissant autour de la corbeille de mariée (pour une durée de 30 ans) le Conseil départemental des Hauts-de-Seine et le groupement Tempo Île Seguin  regroupant OFI Infravia (80 %), Bouygues Bâtiment Île-de-France (15 %, mandataire), Sodexho (5 %, maintenance)TF1 (exploitation) .

Sur cette île Seguin à l’histoire si chahutée et toujours en devenir, l’ancrage d’un bâtiment culturel entièrement dédié à la musique est une très bonne nouvelle. Dotée de 2 salles (6 200 spectateurs debout et 1 150 places assises), les chiffres affichés font état en un an de 450 000 spectateurs et 300 événements. Tous les styles de musiques sont accueillis : la pop, l’électro, le jazz, la danse, les comédies musicales, etc. Les résidences d’Insula orchestra, l’orchestre de Laurence Equilbey et de la Maîtrise des Hauts-de-Seine apportent l’ouverture sur la musique classique.

La Seine Musicale paraît exercer une force d’attraction vers l’ouest car des événements inattendus comme le One Planet Summit sous la présidence d’Emmanuel Macron, la remise des Étoiles du Guide Michelin et de façon plus naturelle les Victoires de la Musique se sont déroulés sur l’île Seguin.

Une vocation de formation et d’ouverture vers tous les publics

Ce qui semble particulièrement intéressant ce sont les actions tournées vers les jeunes et les publics peu ou pas touchés par la musique : à l’initiative de Insula Orchestra, Le Collectif Insulab regroupe des jeunes de 17 à 28 ans, de tous les horizons, qui proposent et inventent des manières nouvelles et originales de faire le lien entre public et site culturel. Pour aller plus loin, lors de concerts solidaires organisés en partenariat avec des associations humanitaires, ces jeunes sont invités à accompagner des personnes réfugiées et à partager un moment de convivialité avec elles. L’Académie musicale de Philippe Jaroussky a pour objectif de « délivrer un enseignement musical renforcé, offrant une véritable opportunité d’insertion sociale et professionnelle en s’intéressant autant au jeune citoyen qu’au futur musicien ».

La formation est divisée en deux classes d’âge : 7 à 12 ans, apprentissage d’un instrument sur un cycle de trois ans et préparation de l’entrée au conservatoire s’ils le souhaitent ; 18 à 25 ans, un parcours de perfectionnement organisé en Master class et avec des intervenants renommés.

Tout serait-il parfait dans le meilleur des mondes de la Seine musicale ?

Hélas non ! Un écran géant de 800 m2, apposé sur la façade du bâtiment, diffuse jour et nuit des images publicitaires en faveur des sponsors du lieu et/ou des manifestations. Flashes de lumière à répétition envahissent les appartements des riverains jusqu’au quartier des Épinettes à Issy les Moulineaux. Malgré une pétition, lors de la présentation du Règlement local de la publicité cet écran a été présenté comme devant rester hors règlement ! (cf. p. 3) Comment cela est-il compatible avec les promesses du Conseil Départemental qui affirmait : «  la Cité musicale sera respectueuse de son environnement »- « une île protégée, un havre de paix. » « Reflet de la modernité ajouté d’un esprit écoresponsable ». Paradoxe qui prêterait à sourire s’il ne se révélait pas plutôt consternant. Quant aux 800 m2 du voile solaire, ils produisent ce qui correspond à 15 % de la consommation de cet écran…

À quand du nouveau ?

Nicole Matran, Naïk Guezel

* C’est un mode de financement dans lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement qui assure un service public ; une « mission globale », et donc négociée comme un tout. Formule contestée en particulier par la Commission des lois du Sénat en 2014 qui la qualifie de « bombe à retardement » en raison des « loyers » dont doit s’acquitter l’autorité publique sur de longues durées.

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