Pandémie et réchauffement climatique

Suite aux crues de février/mars un limon crayeux a séché sur les berges de Seine.

Suite aux crues de février/mars un limon crayeux a séché sur les berges de Seine.

Alors que la nature reprend ses droits dans nos villes, la question de la sortie de crise se pose de façon aiguë. Repartir comme avant serait une catastrophe.

Une famille de canards devant le gymnase de Meudon, un busard au carrefour de la Ferme à  Issy-les-Moulineaux, des daims en balade à Boissy-Saint-Léger, un renard au fond du jardin sur le Côteau et sans doute d’autres encore, la faune habituellement bien à l’abri de nos regards de citadins part à la conquête des espaces que nous avons – provisoirement ! – délaissés.

Dans le silence de la ville désertée par les voitures, nous redécouvrons la diversité des chants d’oiseaux et les migrateurs haut dans le ciel vidé de ses avions. Selon Bruitparif, le bruit a été environ divisé par sept, et c’est encore plus impressionnant la nuit, avec une baisse de neuf décibels, ce qui représente un niveau sonore presque divisé par 10 !

Pissenlits, pâquerettes, chicorée bleue s’offrent à nous dans les interstices des trottoirs pour des bouquets sauvages en période de disette de fleuristes.

Lors de nos déambulations limitées en temps et en surface tous nos sens sont à nouveau sollicités : nous respirons mieux, nos oreilles profitent à plein du fond sonore sans moteur, le regard s’attarde sur la palette de verts des jeunes feuilles et à un mètre de distance sous les masques s’esquissent des sourires entendus.

Au-delà de l’aspect insolite et inhabituel de ces situations, se pose à nouveau, de manière plus que jamais aiguë, la question de la gestion urbaine face à l’urgence, la très grande urgence, climatique.

Les enjeux écologiques

Cette terrible parenthèse peut paradoxalement être une chance. Pour le scientifique Romain Julliard : « Le phénomène le plus important est peut-être que notre attention à la nature change : les personnes confinées réalisent à quel point la nature

leur manque ». Nos élus seront-ils eux aussi sensibles à ce manque… ?

Alors appliquons d’urgence le Schéma régional de cohérence écologique (SRCE) qui engage à respecter le minimum de 10 m2 d’espaces verts par habitant (sans le contourner par des calculs fallacieux).

Après cette crise sanitaire, sociale et économique, la reprise se prépare. Il serait désastreux qu’aucune leçon ne soit tirée de cette tragédie et que cette reprise soit centrée exclusivement sur le court terme, fasse fi des enjeux écologiques pour notre planète et ne respect plus les quelques lois environnementales arrachées à l’État. Le souhait légitime, encouragé par le gouvernement, de redémarrer très vite leur activité avec un cours du pétrole très bas peut faire craindre le pire.

François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement, chercheur à l’université de Liège et membre du GIEC, met en garde contre une future « catastrophe » pour le climat « ma crainte, dit-il, n’est pas que l’on revienne au monde d’avant, mais que cela nous ramène 15 ans en arrière ».

Nicole Matrand

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