
Ah! Lundi 1er juin 2026, l’annonce est officielle, André Santini « Maire historique » d’Issy-les-Moulineaux réélu pour la huitième fois (le 22 mars 2026), élu depuis plus de 45 ans, est mort. De quoi donner une suite à mon billet d’humeur du dernier Echo Val de Seine N° 119.
Rappelez-vous, précédemment, je parlais de « réélection d’un vieillard très malade…» pour ne pas évoquer, par pudeur, ce que tout le monde avait en tête, la disparition prochaine d’André Santini.
Il nous a donc fait une « Molière » mort sur scène, enfin plus exactement dans les coulisses.
Sa dernière apparition municipale s’est déroulée le samedi 28 mars 2026 lors de son élection par le conseil municipal. Il est apparu alors très diminué, sur un fauteuil roulant avec une voix affaiblie. Cela ne l’a cependant pas empêché de distiller quelques amabilités dont il avait le secret depuis déjà de nombreuses années et qu’il multipliait ces dernières années avec cette irrésistible envie d’être injurieux :
« L’opposition est là pour faire chier le monde ! ».
Pour rester dans les analogies, que j’affectionne, et pour rester dans un monde méditerranéen, italien ou proche de l’Italie, légèrement suranné et collant tellement au personnage d’André Santini, après le cinéma de Visconti, je fais appel à la chanson.
Et je convoque Charles Aznavour, lié culturellement à Issy-les -Moulineaux et sa forte communauté arménienne, avec sa « Mamma ».
« Ils sont venus ils sont tous là … Elle va mourir, la Mamma » : Cela s’applique aussi bien à l’affiche électorale, prémonitoire, rassemblant toutes les candidates et tous les candidats de la liste de la majorité sortante, entourant le patriarche très amaigri sur son fauteuil roulant, qu’aux obsèques du lundi 8 juin, rassemblant le ban et l’arrière ban des personnalités politiques franciliennes et nationales. Valérie Pécresse, Georges Siffredi, Denis Larghero, Gabriel Atal, Michèle Alliot-Marie, Jean Louis Borloo, François Bayrou, Nicolas Sarkozy…
Et que dire de « Y a même Giorgio, le fils maudit… » qui me fait irrésistiblement penser à Nicolas Sarkozy, ou, personnalité plus locale, à Arthur Khandjian, ancien maire adjoint délégué à la communauté arménienne, candidat malheureux, pathétique et dissident, à l’élection du nouveau maire le mardi 16 juin.
Au-delà de ce trait d’humour, et André Santini où qu’il soit me le pardonnera en tant que spécialiste reconnu et acerbe de l’humour en politique, le résultat, deux bons mois après l’élection du 22 mars, est bien un déni de démocratie.
Ainsi les élus d’opposition de gauche et écologistes (7 conseillers municipaux sur 49) ont interpelé la majorité municipale pour demander, par respect des électeurs, la démission du conseil et l’organisation d’élections municipales anticipées. Bien que la liste conduite par André Santini soit arrivée en tête, la majorité des votants s’était cependant prononcée contre cette liste au 1er comme au 2e tour, durant lesquels il y a eu par ailleurs une forte abstention. Le fait que pour la première fois depuis plus de 45 ans, un 2e tour ait été nécessaire pour départager les listes, à Issy-les-Moulineaux, est également un indicateur du malaise démocratique entourant cette élection. Cette doléance, comme il fallait s’y attendre, est bien sûr restée lettre morte. Et bien sûr également, sans beaucoup de suspens, c’est le premier adjoint Thierry Lefèvre qui a été élu maire le mardi 16 juin.
Espérons cependant qu’une page est définitivement tournée, en passant à un style plus moderne, oubliant un certain type de clientélisme, oubliant le bétonnage à outrance au profit d’une végétalisation à outrance, bien nécessaire par ces temps de canicules.
Thierry Lefèvre, nouveau maire, laisse entendre qu’une nouvelle ère plus ouverte est en marche. Laissons-lui le bénéfice du doute…
« Y a tant d’amour, de souvenirs – Autour de toi, toi la mamma –
Y a tant de larmes et de sourires – À travers toi, toi la mamma… »
Laurent Thibault





