Où y a d’l’hydrogène, y a ou y a pas d’plaisir ?

Depuis 2020, Issy-les-Moulineaux cherche à accélérer sa transition énergétique en utilisant la technologie « Hydrogène ». Plusieurs projets sont plus ou moins en cours : station de ravitaillement, centre de logistique urbaine associé à une station de production d’hydrogène, « ecoquartier » à hydrogène.

Le 27 juin dernier, André Santini, maire d’Issy les Moulineaux a posé la première pierre de la première station-service à hydrogène d’Issy (et sans doute du département), boulevard Garibaldi, qui permettra de distribuer jusqu’à 200 kg d’hydrogène par jour, équivalent à 40 pleins de véhicules légers. Cette station est destinée à approvisionner poids lourd, bus, véhicules utilitaires et légers.


Boulevard Garibaldi à Issy, les travaux d’une première station-service à hydrogène.

Dans le futur, une seconde station sera accolée à un centre de logistique urbaine qui centralisera l’arrivée de camions de livraison dont les marchandises seront transférées en vue de la livraison du « dernier kilomètre », vers des véhicules légers. Des vélos-cargo alimentés à l’hydrogène sont ainsi actuellement testés sur la ville. Cette deuxième station sera une station de production d’hydrogène via électrolyse de l’eau de la Seine. La station sera elle-même connectée avec un lieu de production d’énergies renouvelables (actuellement non précisées) permettant cette électrolyse.

Molécule miracle ?

Que penser alors de cette technologie innovante ? L’hydrogène est-elle une molécule miracle du point de vue énergétique ou une fausse bonne idée ?

Un courant actuel technico-politique pousse pour l’utilisation de l’hydrogène comme molécule énergétique pouvant faire fonctionner une pile à combustible qui donne de l’électricité pour actionner un moteur électrique. Oh bonheur en ne recrachant que de l’eau… donc pour le climat c’est apparemment tout bon. Encore faut–il que le mode de production soit « vertueux ».

Deux modes sont possibles : « sale », à partir des hydrocarbures » et « propre », via l’électrolyse de l’eau.

À partir des hydrocarbures : C’est le mode classique qui fournit 99 % de l’hydrogène actuellement utilisé soit par vapo-formage du méthane (60 %), de l’oxydation partielle du pétrole (18 %) ou de la gazéification du charbon (19 %) à des prix trois à quatre fois moindres que par l’électricité. Bien évidemment ces modes de production dégagent beaucoup de gaz à effet de serre.

Par électrolyse : Le principe de base : deux électrodes de platine trempent dans de l’eau salée, l’une reliée au « moins » d’un accumulateur électrique (cathode) et l’autre au « plus » (anode). À l’anode se dégage de l’oxygène et à la cathode de l’hydrogène.

Mais le rendement énergétique n’est pas miraculeux. En effet, il faut 2 kWh d’énergie pour produire 1 kWh d’hydrogène. Ce qui amène le coût du kilogramme d’hydrogène liquide avant la crise énergétique autour de 8-10 euros, prix qui s’est
envolés depuis.

Enfin la « propreté » de ce mode de production dépend fortement aussi de la source électrique.

Ainsi le choix, à Issy-les-Moulineaux, d’une production d’hydrogène par électrolyse à partir d’une électricité elle-même issue d’une énergie renouvelable renforce l’effet « écologique »
recherché par la ville.

Quant à l’utilisation : selon les spécialistes, l’efficacité d’une voiture électrique classique à accu lithium-ion est de 60 à 80 % contre 10 à 30 % pour son homologue à hydrogène, tant les étapes pour produire l’hydrogène et le comprimer
sous forme liquide sont très énergivores.

Ainsi on peut sans doute dire que l’utilisation d’une telle technologie dans les conditions expliquées précédemment, à Issy-les-Moulineaux, participe localement à la réduction de la pollution atmosphérique et, à la marge, à la limitation des émissions de gaz à effet de serre. Le faible rendement
énergétique semble malgré tout cantonner cette utilisation à un rôle de communication écologique pour la ville, ce qui est peut-être le premier effet recherché.

Laurent Thibault, Michel Riottot

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