Fin de l’écologie heureuse ?

« Ayatollah des pâquerettes », « Khmer vert », « Amish », les qualificatifs infligés aux écologistes depuis 40 ans sont caractéristiques de l’inconscience et peut-être de la panique de ceux qui se considèrent comme des aménageurs, des bâtisseurs, voire des pionniers, et dont le succès se mesure au milliers de m2 imperméabilisés.

Alors que les gouvernements successifs reportaient toute mise en cause du modèle productiviste et accusaient ceux qui alertaient sur le réchauffement climatique d’irresponsabilité, il a fallu quelques périodes caniculaires cet été et un conflit guerrier en Europe pour leur faire peut-être comprendre la fragilité de notre système.

Températures très élevées, manque d’eau et ruptures d’approvisionnement en gaz ont fait découvrir aux gouvernements les bienfaits de la sobriété. Ce mot était honni en ce qu’il sous entendait une écologie « punitive », c’est-à-dire la reconnaissance qu’une simple adaptation ne suffirait pas.

Il est cocasse de constater que la première canicule de 2003 a eu
une conclusion d’écologie « punitive » mise en œuvre par le gouvernement de
Jean-Pierre Raffarin : droit pour les entreprises de faire travailler gratuitement leurs salariés en leur supprimant le jour férié du lundi de pentecôte pour les punir de l’élévation des températures et d’avoir laissé mourir les plus anciens.
Le gouvernement et les institutions publiques de l’époque n’y étant pour rien.

On a l’impression que l’effet de surprise joue toujours à plein et que la plupart de nos gouvernants à tous les niveaux sont réellement étonnés de vivre concrètement des épisodes
de dérèglement climatique.

En fait pour eux, le premier rapport du Giec vient d’être publié hier soir. On en est au 6ème,
toujours plus alarmiste.

L’apprentissage de la frustration construit l’individu mais les organisations ne la supportent pas. Ce sont elles qu’il faut toucher en priorité et contraindre à la sobriété.

S’adapter et/ou atténuer les effets du réchauffement, c’est indispensable, mais il faut aussi acter dès aujourd’hui qu’il est irréversible pour les décennies qui viennent. Le Giec précise que les modifications de la forme urbaine par la
planification peuvent « atténuer l’îlot de chaleur urbain dans les banlieues
et les villes ». Atténuer…

Frédéric Puzin

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