Eclairage LED : l’effet rebond

Avec la généralisation de la technologie LED d’importantes économies d’énergie sont possibles. Attention à ne pas éluder pour autant la question de la pollution lumineuse du point de vue de la biodiversité.

Un juste chemin doit être trouvé en mettant l’intelligence du réseau au service des hommes et de la biodiversité et en adaptant l’éclairage aux réels besoins.

L’éclairage public des espaces urbanisés fait partie des prérogatives de police du maire, il a pour objectif principal d’assurer une visibilité suffisante pour garantir le confort et la sécurité des citoyens et faciliter leurs déplacements durant la nuit. Les villes de Grand Paris Seine Ouest (GPSO) ont transféré la gestion de l’éclairage public au territoire, qui est chargé du Schéma de cohérence de l’aménagement de la lumière (SCAL), attaché au Plan Local d’Urbanisme Intercommunal. Engagée dans la transition énergétique, GPSO renouvelle progressivement son éclairage public et l’équipe en lampadaires à LED (Light Emitting Diode), suivant la pratique du secteur de l’éclairage depuis l’arrivée de cette technologie à la fin du XXème siècle.

Les LED autorisent une division des consommations d’un facteur 6, elles ont une durée de vie bien plus élevée que les précédentes technologies et elles permettent une gestion intelligente des puissances lumineuses.

L’extinction lumineuse

Suite au déclenchement de la guerre en Ukraine et à la nécessité de faire des économies d’énergie, les villes de Chaville, Meudon et Ville d’Avray ont mis en place l’extinction lumineuse entre 1h et 5h du matin. Les autres villes, déjà équipées en LED sur une partie de leur territoire, ont procédé à une baisse de la puissance émise là où c’était devenu possible et ont maintenu l’éclairage ailleurs pendant la nuit.

Après deux ans de mise en place, nous disposons d’un premier retour d’expérience sur l’extinction lumineuse. Plusieurs points sont notables : Un « sentiment d’insécurité » a été remonté par des personnes rentrant tard la nuit, à pied ou en vélo, voire même en voiture. Des habitants se disent heureux de ne plus avoir leur chambre éclairée toute la nuit, et d’autres apprécient l’obscurité revenue la nuit. Les polices municipale et nationale ne constatent aucune augmentation des cambriolages, des atteintes à la personne ni des actes d’incivilité pendant les heures d’extinction. Comme l’ont déjà montré plusieurs études, les axes routiers non éclairés demandent plus de vigilance aux conducteurs, et la vitesse des véhicules baisse.
Ce phénomène s’applique pendant l’extinction lumineuse. Aucun accident grave de circulation n’a été remonté.

Éviter l’effet rebond 

La généralisation des LED pourrait avoir des conséquences néfastes si on n’y prend garde : pour le même coût on peut éclairer beaucoup plus. Ce phénomène d’ébriété est visible dans les espaces privés autant que dans l’espace public.

Le coût de la technologie LED étant moindre, la tentation est grande de rallumer les lampadaires la nuit, pour répondre au sentiment d’insécurité. Le fait que l’éclairage LED – économe et durable – puisse apparaître comme une contre-mesure efficace à la crise énergétique ne doit pas faire oublier la crise de la biodiversité et la crise sanitaire. Même à faible puissance, les LED restent nocives pour la biodiversité nocturne. Les scientifiques recommandent une extinction totale dans les zones de biodiversité. Un juste chemin doit être trouvé en mettant l’intelligence du réseau au service des hommes et de la biodiversité, et en adaptant l’éclairage aux réels besoins. C’est le bienfait attendu d’une ingénierie de l’éclairage, basée sur des données factuelles, travaillée en lien avec les citoyens, sans oublier le parti de ceux qui ne parlent pas : la faune et la flore.

Quelques exemples :

Éviter d’éclairer les lisières de forêt. Respecter les corridors animaliers par une extinction en cohérence avec les « trames vertes ». éviter le « mur noir » à la sortie des gares : maintenir l’éclairage jusqu’au dernier train (après 1 h du matin) a minima autour de la gare et procéder à une baisse progressive de la luminosité vers les rues avoisinantes pour faire une jonction vers les rues non éclairées. Baisser l’intensité de l’éclairage bien avant les heures creuses de la nuit, pour répondre au rythme de la biodiversité. Interroger dans certains contextes, la pertinence de l’éclairage qui s’allume au passage des personnes.

Isabelle Chayé-Mauvarin

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