Baignade en Seine, un pari risqué

Depuis Jacques Chirac, la baignade en Seine est un rêve municipal de bon aloi car le réchauffement climatique et la surdensité de la ville nécessitent des exutoires. Pour les Parisiens, les salariés y travaillant et les touristes, se baigner en Seine en plein été serait une manière efficace de résister à la chaleur.

Les travaux entrepris par le SIAPP depuis de nombreuses années, ceux plus récents de l’Etat et la ville de Paris ont permis d’améliorer fortement la qualité de l’eau de Seine qui repose sur trois critères : physique (turbidité, teneur en oxygène…), chimique (les polluants de l’industrie, du trafic routier, agricole…) et microbiologique (bactéries, virus, champignons, algues et parasites). Une évaluation sensible de la qualité de l’eau est donnée par la présence d’espèces différentes de poissons multipliée par 10 en cinquante ans ce qui signe sa nette amélioration.

Le projet municipal

Trois zones du fleuve sont prévues pour la baignade :

1) Bras Marie, rive droite, près de Sully-Morland

2) Bras de Grenelle, à hauteur du pont de Bir-Hakeim

3) A Bercy, sous la passerelle Simone de Beauvoir

Prolongement de Paris-Plage, ces sites surveillés seront équipés de pontons d’accès, vestiaires, douches et rangements. Les zones seront protégées par des bouées pour prévenir les bateaux circulant sur le fleuve.

Les freins à la baignade

La qualité microbienne de l’eau de Seine est liée aux rejets : des deux usines d’assainissements de Noisy et de Valenton en amont de la ville, aux mauvais branchements des eaux vannes sur le réseau d’eau de pluie en Seine et Marne et Val de Marne et aux aléas météorologiques pluvieux.

Les deux usines du SIAPP décontaminent leurs rejets en Seine par des procédés efficaces. Les mauvais branchements sont encore loin d’être supprimés (au moins 50 000 selon les spécialistes). Les fortes pluies, par exemple 20 mm en quelques heures, amènent 2 millions de m3 sur une ville à 70 % imperméabilisée donc 1,4 million de m3 iront dans les égouts qui s’ajouteront aux 700 000 m3 d’eau usée rejetée journellement par les immeubles, commerces, hôtels parisiens soit au total 2,1 millions de m3. Les égouts, tunnels et réservoirs parisiens ont une capacité théorique totale de 1,9 million de m3, au-delà les déversoirs d’orage s’ouvrent et déversent les eaux sales dans la Seine. Ces calculs sont contestés par les égoutiers qui indiquent que les égouts sont très encombrés et ont de ce fait des capacités plus réduites.

Pour une baignade sans souci

La baignade en eau libre est soumise aux freins décrits ci-dessus et à une réglementation précise. L’implantation de grands bacs avec filtration de l’eau de Seine permettrait de sécuriser la baignade quels que soient les aléas. Cette solution permettrait à la mairie de tenir un pari moins risqué et sans crainte de voir des baigneurs malades se retourner juridiquement contre elle. En effet, ouvrir une baignade municipale impose des contraintes de sécurisation sanitaire.

Michel Riottot

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