Colère froide

Patrick Devedjian, ministre en mai 2005, répondait à un sénateur écologiste M. DESESSARD : « Comment réduire le réchauffement climatique ? Allons-nous pouvoir vivre avec 5 degrés de plus ? » S’il est difficile de lutter contre les causes du réchauffement, il sera encore plus difficile de vivre avec. M. le MINISTRE (Patrick Devedjian) : « Je vais acheter un maillot de bain. »

Les héritiers de ce visionnaire se jugent aujourd’hui à même de refroidir l’atmosphère. Apparemment, la voiture électrique et le tri sélectif ne sont pas suffisants. Le climatoscepticisme n’est plus revendiqué par la plupart des candidat·e·s de l’élection présidentielle mais toutes les propositions concrètes d’adaptation, de remédiation, de sobriété, sont écartées car électoralement insupportables.

En septembre 2022, nous titrions « chaud, chaud, chaud, l’été a été chaud ». La France entière semblait prendre conscience du réchauffement climatique. 4 ans plus tard, rien n’a changé positivement et l’artificialisation des sols continue, les forêts sont toujours gérées pour leur profitabilité, le transport aérien prospère, les zone à faible émission sont suspendues, les pesticides les plus dangereux réintroduits. La canicule dévastatrice restera dans nos mémoires car il n’y en a eu ni une, ni deux, ni trois mais quatre de suite depuis les mois de mai, des milliers de personnes sont mortes des effets de la chaleur. Ce ne sont pas les incendies qui ont tué le plus mais bien l’attentisme et le déni climatique. Des pompiers sont morts et blessés, des centaines de personnes évacuées. Le réchauffement climatique est punitif et populaire, il tue et fatigue les plus fragiles. Nous souffrons dans nos villes mais les conséquences sont encore pires dans les campagnes. Car ne sont pas des coups de chaleur mais les travaux d’une vie qui disparaissent.

Mais aucun des grands travaux prévus ne sera simplement réinterrogé .

Les élections présidentielles devraient être l’occasion de placer l’urgence écologique en dossier prioritaire. Les cendres ne sont pas encore froides que la quasi-totalité des candidats, se focalisent sur des sujets porteurs de suffrages, la stigmatisation des gens du voyage, le port de l’uniforme à l’école, le voile, enfin tous les sujets qui permettent d’avoir une bonne raison de haïr les autres.

Frédéric Puzin

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