Quand la menace de pénurie dope la sobriété

Après de timides progrès ces dernières années, la hausse des prix de l’énergie et le risque de black-out en fin d’année ont contraint nos villes à prendre des mesures choc.

Comme en hommage au peintre Soulages, décédé le 25 octobre à 102 ans, les balades nocturnes à Meudon sont désormais très noires.: la ville a en en effet décidé de réduire drastiquement l’éclairage public de 1h à 5h du matin. Et ça marche, la mesure n’ayant suscité aucun problème de sécurité publique. Boulogne-Billancourt et Sèvres, réunies au sein de la même agglo avant la création de GPSO, avaient depuis 2008 initié le passage de leur éclairage public en 100% LED, achevé fin 2022. C’est moitié plus qu’à Issy-les-Moulineaux, qui pratique néanmoins la « gradation » de l’éclairage public décidé par GPSO : -50% jusqu’à 22h30 et -80% de 22h30 à 6h.

Hors bébé-nageurs, la température des piscines de GPSO a baissé de 1°C, un premier pas qui doit à présent être confirmé par des chantiers plus ambitieux.

L’époque des décorations de Noël allumées 24h/24 semble révolue (« On s’en fout, c’est du LED, ça ne consomme pas ! », avait lancé un conseiller municipal socialiste décidément fin connaisseur de l’énergie, en 2013 à Issy-les-Moulineaux), dans la mesure où plusieurs communes les éteignent désormais de 1h à 6h du matin. Plus ambitieuse, Sèvres les éteignait dès 22h30. Enfin !

Pour autant, il ne s’agit-là que d’un premier pas pour réduire la pollution lumineuse du territoire, dans un contexte où les maires ne contrôlent pas l’extinction des vitrines et enseignes la nuit, qui n’est
absolument pas respectée à ce jour (Cf. Écho Val de Seine n°103).

Un bâti trop énergivore

Moins visible que l’éclairage, le chauffage est la principale source de consommation des bâtiments publics du territoire qui, là encore, sont visés par une mesure simple : la baisse d’un à deux degrés de la température dans les bâtiments publics, voire de quatre degrés dans certains équipements sportifs. Les périodes de chauffage sont aussi optimisées (moins 1h par jour), et en périodes de vacances scolaires, certains bâtiments ne sont plus chauffés et placés en mode « hors-gel » : on se demande comment une telle mesure de bon sens a dû attendre 2022 avant de s’appliquer.

Meudon ambitionne, de son côté, de raccorder le tiers de ses habitants à un système de géothermie. Issy, qui affectionne également cette solution, n’a pas toujours connu que des succès en la matière, celle du Fort d’Issy, défectueuse, ayant conduit les promoteurs à installer des convecteurs électriques dans les logements neufs livrés fin 2013.

Mais pour chauffer moins encore, il faut isoler. Et là, malgré des contrastes entre communes, le compte n’y est pas : toutes promettent qu’elles atteindront les objectifs du décret tertiaire, mais elles en sont très loin, Boulogne-Billancourt comprise avec seulement -17% de consommation en moins.

Isolés de l’isolation

Alors que la ville de Montreuil s’est dotée d’une école Bepos (bâtiment à énergie positive), les bâtiments publics de GPSO tardent à s’engager vers plus d’isolation de leurs bâtiments publics, mais aussi vers la production et le stockage locaux d’énergies renouvelables. Dans ce contexte, proposer aux habitants de « chauffer l’intérieur de leurs logements à 19°C maximum », comme GPSO le fait sur son site, sonne comme une provocation lorsqu’il fait déjà 19 degrés dans certains logements, tous radiateurs ouverts (Cf. Écho Val de Seine n°104). De même, fermer ses volets n’a qu’un effet limité lorsque l’on sait que ce sont les murs de façade et les ponts thermiques (et non les fenêtres) qui représentent les principales déperditions de chaleur.

Sur la sobriété énergétique, la ville de Paris va d’ores et déjà plus loin, en projetant d’étendre le système de chauffage par eaux usées de ses bâtiments publics et de certains bâtiments commerciaux. Depuis le 1er décembre, elle a aussi renforcé les contrôles sur les enseignes lumineuses, qui ont depuis perdu leur tolérance de rester allumées la nuit ; et a annoncé en fin d’année la rénovation de 20 groupes scolaires.

Serge Brière

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