L’eau « ultra pure » d’André Santini

Connu pour ses passions high-tech, le maire d’Issy-les-Moulineaux et président du syndicat des eaux (Sedif),
André Santini est de nouveau tête d’affiche. Son projet de production d’eau « ultra-pure » a de nombreux détracteurs.

Une démarche techniciste à un milliard d'euros

Une démarche techniciste à un milliard d’euros

Le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif), qui regroupe 135 communes de banlieue parisienne, prévoit de moderniser ses usines de traitement pour délivrer une eau « pure, sans calcaire et sans chlore » à plus de 4 millions de Franciliens.

 Avantages et inconvénients

Depuis des années le Sedif et son prestataire Véolia nous vantent la qualité de l’eau qui coule de notre robinet. Elle a certes un petit arrière-goût de chlore mais André Santini, expliquait il y a quelques années : « Ajoutez une rondelle de citron et mettez votre cruche au frigo. Vous obtiendrez une eau délicieuse ». Aujourd’hui son discours a changé et le service communication du Sedif aligne les bonnes raisons qui justifient la modernisation des installations : « • Moindre renouvellement des équipements utilisant de l’eau chaude (chaudières, cafetières, etc.)

• Moindre consommation d’énergie des équipements chauffant l’eau

• Moindre utilisation de détergents de toutes natures

• Meilleure confiance dans l’eau du robinet comme eau de boisson (propension à limiter la consommation d’eau en bouteille)

Apports principaux pour l’environnement :

> Des consommations d’électricité en plus dans les usines, largement compensées par les économies induites pour les ménages,

> Moindres consommation et rejets de détergents et produits ménagers, impact sur les bouteilles plastiques pour les consommateurs d’eau en bouteille. »

Pourtant tout le monde n’est pas d’accord, à commencer par de nombreux élus qui pointent le coût du dispositif : un milliard d’euros ! Michel Bisson, président de l’agglomération Grand Paris Sud, va plus loin et développe ses critiques dans Le Parisien du 13 décembre 2021 : « Cette technologie nécessite de puiser 15 % d’eau en plus dans la nappe phréatique de Champigny, déjà sous tension. Rien que sur la petite usine d’Arvigny, cela va rejeter l’équivalent de deux piscines olympiques d’un concentrat d’eau polluée dans la Seine. Et la production de cette eau implique de consommer trois fois plus d’électricité dans les usines. C’est une hérésie. Ce projet ne sert que les intérêts de Veolia qui est adossée au Sedif. L’eau est un bien commun, pas un enjeu financier pour les grands groupes. » D’autres critiques font état de l’incohérence qui consiste à produire une eau si pure qu’elle n’est pas consommable et qu’il est donc nécessaire de la reminéraliser…

 Pour une approche préventive

Plutôt que de privilégier une démarche techniciste, le «  traitement membranaire de type osmose inverse basse pression (OIBP) », ne serait-il pas plus responsable de préserver la ressource ? La ville de Paris, par exemple, protège ses points de captages en subventionnant une agriculture biologique. Eau de Paris a également modernisé son usine d’Orly, avec une technologie peu onéreuse, basé sur du charbon actif, qui permet de réduire les micropolluants. Mais Paris a re-municipalisée la gestion de l’eau et cela a permis une approche plus ouverte. Les grands acteurs de l’eau, pour leur part, refusent d’adopter une approche écologique globale susceptible de freiner leur croissance. Ils ne cherchent donc pas à s’attaquer à la source du problème : la pollution de l’eau par les pesticides et les nitrates issus de l’agriculture et les mauvais branchements qui conduisent l’eau usée des particuliers dans les rivières.

Luc Blanchard

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