J’ai la tête qui éclate, j’voudrais seulement dormir…

En cette période de spleen, voire de seum, de jours qui raccourcissent, et d’entrée dans l’automne, j’ai eu comme une envie d’aborder un sujet mêlant nostalgie et douce déprime, espoir et prescience…


Ça se passe à côté de chez vous, au cœur du territoire concernant notre association Val de Seine Vert, sur l’île Seguin dont la destinée post-Renault a été l’acte fondateur de cette même association. C’est animé par des valeurs d’écologie politique, avant même la création d’un parti spécialisé, dans lesquelles bon nombre d’entre nous se reconnaîtra.

Parfois, entre deux publicités, l’écran géant de la Seine musical annonce les spectacles à venir.

Mais de quoi s’agit-il ? Si vous avez eu autour de 15 ans en 1978, vous voyez peut-être plus facilement où je veux en venir.

STARMANIA !

Starmania, l’Opéra rock mythique, devenu culte, de Luc Plamondon et Michel Berger, Starmania mis en scène par Thomas Jolly, 41 ans, le « prodige » actuel du théâtre public, à la « Seine Musicale », le grand vaisseau de l’île Seguin.

Retour à partir du 14 novembre, pour une seconde saison jusqu’au 28 janvier 2024, après une première saison à la même période fin 2022 – début 2023 et une tournée en France, Belgique et Suisse ayant rassemblé au total près de 700 000 spectateurs et tout ça avant une nouvelle tournée. Autant dire, un phénomène, un carton !

Mais pour quelle raison je vous parle de ce spectacle ? Loin de moi l’idée de faire de la pub, manifestement Starmania n’en n’a pas besoin. Non, déjà cela se passe dans notre « jardin, notre arrière-cour » et je souhaitais simplement partager avec vous mon enthousiasme (teinté de nostalgie) à l’écoute et à la vue de cette œuvre musicale francophone de la fin des années 70 qui n’a pas vieilli, tant du point de vue musical que du point de vue des paroles et des thèmes abordés. Beaucoup s’accordent à dire que cette comédie musicale (je préfère opéra rock) était étonnamment visionnaire en traitant de préoccupations actuelles qui raisonnent toujours et plus que jamais en nous.

Doux parfum

Thèmes avant-gardistes de la fin des années 70, comme la question du genre, omniprésente dans notre société, avec levée de tabous et recherche d’égalité, le star système avec réseaux sociaux et influenceurs, le populisme, avec montée de l’extrême droite en France et en Europe. Et question lancinante, au « doux parfum » de collapse, d’effondrement, que va devenir ce monde ? « Y‘a plus d’avenir sur la terre, qu’est-ce qu’on va faire » ; « Qui nous dira ce qu’on fait là, dans ce monde qui ne nous ressemble pas ».

Et que dire d’un des personnages principaux, Zéro Janvier, mania de la presse, multimillionnaire, qui veut devenir président de l’Occident grâce à un programme ultra sécuritaire, nationaliste et antiécologique ? Si on lui ajoute des cheveux oranges, cela vous rappelle peut-être quelqu’un de furieusement actuel !

Et que dire encore d’un final où la plus haute tour de l’Occident s’effondre, victime d’un attentat ? Cette nouvelle mise en scène est d’ailleurs la première de cet opéra, depuis un fameux 11 septembre !

Enfin, il s’agit d’une œuvre dont les artistes de la distribution originale étaient plutôt engagés. Je pense plus particulièrement à Daniel Balavoine, dans le rôle de Johnny Rockfort, qui s’est forgé une conscience politique à 16 ans à l’occasion du mouvement étudiant de mai 68. On se souvient surtout de lui pour sa prestation face à François Mitterrand lors d’un débat télévisé le 19 mars 1980 où il endosse le rôle d’un porte-parole de la jeunesse laissée à l’écart.

Et en guise de conclusion, je pense également à Diane Dufresne, plutôt dans un registre de diva allumée, mais préoccupée par la question environnementale en 1979 : « Ne tuons pas la beauté du monde, la dernière chance de la terre c’est maintenant qu’elle se joue, ne tuons pas la beauté du monde, faisons de la terre un grand jardin, pour ceux qui viendront après nous ».

Laurent Thibault

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